L'Europe et le monde entre les deux guerres : analyse complète
Délka: 23 minut
Une victoire au goût amer
La bombe à retardement des réparations
L'occupation de la Ruhr
Le plan Dawes et l'argent américain
La montée des extrêmes
Vers une nouvelle guerre
Des rues sous tension
L'arrivée au pouvoir d'Hitler
Une détente surprenante
L'esprit de Locarno
Une victoire "mutilée"
Le chaos politique et social
L'ascension par la violence
La Marche sur Rome
Une démocratie instable
La crise économique et sociale
Le coup d'État de Piłsudski
La guerre civile
Le communisme de guerre
La NEP, un retour en arrière ?
La lutte pour le pouvoir
Le Krach de Wall Street
L'Onde de Choc Mondiale
Le New Deal de Roosevelt
L'essor économique
L'automobile Américaine
L'Ère de la Radio
Les Divisions de la Société
Résumé et Conclusion
Grace: Imaginez un soldat français en 1919. Il rentre chez lui, à travers des villages en ruines, convaincu que le cauchemar est terminé. C'est la « Der des Ders », la dernière des dernières guerres. Pourtant, dans l'air, il ne sent pas la paix... mais une tension, comme un silence assourdissant avant un nouvel orage.
James: C'est une image incroyablement juste. Tout le monde voulait croire à la paix, mais les fondations de cette nouvelle Europe étaient pleines de fissures. Vous écoutez le Studyfi Podcast.
Grace: Alors, la Première Guerre mondiale est finie, la démocratie semble triompher partout en Europe. C'est la fête, non ?
James: En apparence, oui. Les grands empires autoritaires se sont effondrés et des républiques naissent un peu partout. Mais cette victoire a un goût amer. La démocratie est fragile, surtout dans les nouveaux pays qui n'ont aucune expérience du système parlementaire.
Grace: Et puis il y a cette relation explosive entre la France et l'Allemagne. Le cœur du problème, c'est ça ?
James: Exactement. La France est sortie victorieuse mais complètement épuisée. Elle a une peur bleue que l'Allemagne, même vaincue, ne redevienne une menace. Elle se voit un peu comme le nouveau « gendarme de l'Europe ».
Grace: Un gendarme qui a les poches vides, si je comprends bien.
James: C'est exactement ça ! La France est criblée de dettes de guerre et son budget est dans le rouge. Pour elle, il n'y a qu'une seule solution pour éviter la banqueroute : faire payer l'Allemagne.
Grace: C'est la fameuse question des réparations de guerre, imposées par le traité de Versailles. On parle de quelles sommes ?
James: On parle d'une somme astronomique pour l'époque : 132 milliards de marks-or. Le chef du gouvernement français, Raymond Poincaré, est intransigeant. Pour lui, l'Allemagne doit payer, un point c'est tout.
Grace: Mais tout le monde n'est pas d'accord, n'est-ce pas ?
James: Pas du tout. Les Britanniques et les Américains voient les choses différemment. Ils veulent que l'économie allemande se redresse vite. D'une part, pour éviter une révolution communiste au cœur de l'Europe. D'autre part... ils se méfient un peu d'une France trop puissante.
Grace: Donc la France se retrouve un peu seule dans sa position très dure.
James: Complètement. Pendant ce temps, en Allemagne, la situation est chaotique. La nouvelle République de Weimar doit gérer des tentatives de coups d'État, l'agitation ouvrière et la montée de groupes ultranationalistes qui veulent déchirer le traité de Versailles.
Grace: Et la situation finit par exploser en 1922, c'est bien ça ?
James: Oui. Le gouvernement allemand déclare qu'il est incapable de payer et demande un moratoire. La réponse de la France est immédiate et brutale. C'est non.
Grace: Et Poincaré décide de passer à l'action. Il fait quoi ?
James: Il envoie l'armée française et belge occuper la Ruhr en janvier 1923. La Ruhr, c'est le cœur industriel de l'Allemagne. L'idée est simple : si vous ne nous payez pas en argent, on va se servir directement en charbon et en acier.
Grace: C'est une décision aux conséquences énormes ! Ça a dû créer une crise internationale majeure.
James: Une crise énorme. L'Allemagne appelle à la résistance passive, la production s'effondre, et l'économie allemande plonge dans l'hyperinflation. C'est un bras de fer terrible qui empoisonne encore plus les relations européennes.
Grace: Alors, comment sort-on de cette impasse ?
James: Finalement, ce sont les Américains qui sifflent la fin de la récréation. En 1924, un comité dirigé par un banquier américain, Charles Dawes, propose une solution : le Plan Dawes.
Grace: Et que dit ce plan ?
James: C'est assez simple, en fait. Pensez-y comme ça : les banques américaines prêtent de l'argent à l'Allemagne. Avec cet argent, l'Allemagne relance son économie ET paye ses réparations à la France. Et avec cet argent, la France rembourse ses propres dettes de guerre... aux Américains.
Grace: Donc l'argent américain fait juste un grand tour de l'Atlantique ! C'est brillant et un peu absurde à la fois.
James: Exactement. L'argent américain devient le régulateur de l'économie européenne. La France doit évacuer la Ruhr, et une paix précaire s'installe. Mais cette paix est totalement dépendante des investissements américains.
Grace: Cette crise économique et politique en Allemagne, elle a dû laisser des traces profondes...
James: Des traces terribles. C'est dans ce climat de crise, d'humiliation et de pauvreté que les partis extrémistes prospèrent. À gauche, les communistes, et surtout à droite, un certain parti national-socialiste des travailleurs allemands... le NSDAP.
Grace: Le parti nazi d'Adolf Hitler. Il profite de cette situation ?
James: Il surfe sur la vague de mécontentement. Après une tentative de putsch ratée en 1923, il écrit *Mein Kampf* et structure son parti. La crise économique de 1929, venue des États-Unis, va lui donner l'élan final. En 1932, avec plus de 6 millions de chômeurs, son parti devient le premier d'Allemagne.
Grace: Et pas seulement en Allemagne. Cette instabilité touche d'autres pays, non ?
James: Absolument. En Italie, Mussolini et ses fascistes ont pris le pouvoir dès 1922. En Pologne, on a un coup d'État en 1925. En Hongrie, après une brève république soviétique, un régime autoritaire s'installe. La démocratie est attaquée de toutes parts.
Grace: On voit bien comment la situation se dégrade. Et dans les années 30, avec Hitler au pouvoir, les tensions montent d'un cran.
James: Oui, notamment autour de la Tchécoslovaquie. Hitler soutient les Allemands de la région des Sudètes, qui réclament leur autonomie, voire leur rattachement à l'Allemagne. La pression sur le gouvernement de Prague devient insoutenable.
Grace: Et c'est là qu'interviennent les fameux accords de Munich en 1938.
James: C'est ça. La France et le Royaume-Uni, terrifiés à l'idée d'une nouvelle guerre, décident de céder. Ils sacrifient la Tchécoslovaquie en donnant les Sudètes à Hitler, pensant acheter la paix.
Grace: Une paix qui, on le sait aujourd'hui, n'a duré que quelques mois. C'est une période fascinante mais terrifiante.
James: C'est le mot juste. C'est une leçon sur la fragilité de la paix et sur comment des problèmes économiques non résolus peuvent mener aux pires catastrophes politiques. Un avertissement qui résonne encore aujourd'hui.
Grace: Et toute cette instabilité politique à l'intérieur de l'Allemagne, ça devait se voir dans la rue, non ?
James: Absolument, Grace. C'était une véritable poudrière. Il faut imaginer des organisations paramilitaires partout, comme des équipes de foot ultra-politisées et armées. C'était tendu.
Grace: Des équipes de foot armées ? D'accord, je vois l'image. Qui étaient les principaux joueurs ?
James: Alors, on avait le Stahlhelm, des anciens combattants frustrés. Le Reichsbanner, lui, défendait la république. Et puis, bien sûr, la fameuse Sturmabteilung, la SA, le bras armé du parti nazi. Sans oublier les communistes du Roter Frontkämpferbund.
Grace: Wow. Ça fait beaucoup de monde en uniforme qui ne s'aime pas beaucoup.
James: C'est le moins qu'on puisse dire. Les rues étaient leur terrain de jeu, et ça a créé une violence politique constante. C'est dans ce chaos que le président Hindenburg a dû naviguer.
Grace: Hindenburg... c'est lui qui a nommé Hitler chancelier, c'est ça ?
James: Exactement, mais ce n'était pas son premier choix. Il a d'abord essayé de gouverner sans les nazis, en nommant von Papen, puis le général Schleicher. Mais les deux ont échoué.
Grace: Alors il s'est retrouvé coincé ?
James: En quelque sorte. Face à la pression de la rue et aux manœuvres politiques, il a fini par céder et a nommé Adolf Hitler chancelier le 30 janvier 1933. C'est un tournant majeur.
Grace: C'est fou de penser qu'au même moment, sur la scène internationale, les choses semblaient s'améliorer, notamment avec la France.
James: Oui, c'est le grand paradoxe de cette période. Avant l'arrivée d'Hitler, il y a eu une vraie détente. Le ministre allemand Gustav Stresemann a mis fin à la "résistance passive" et a repris les négociations sur les réparations de guerre.
Grace: Et ça a fonctionné ?
James: Plutôt bien ! Ça a mené au plan Dawes en 1924, qui a réorganisé les paiements allemands avec l'aide de prêts américains. L'économie allemande a pu repartir.
Grace: Donc, l'argent a calmé les esprits ?
James: L'argent aide toujours ! Mais il n'y avait pas que ça. L'étape clé, c'est le traité de Locarno en 1925. La France, l'Allemagne et la Belgique s'engagent à ne plus s'attaquer. L'Allemagne reconnaît enfin sa frontière occidentale.
Grace: C'était un grand pas en avant, j'imagine.
James: Énorme ! On a parlé de "l'esprit de Locarno". L'Allemagne a même rejoint la Société des Nations en 1926. On a cru la paix durable possible, surtout avec le pacte Briand-Kellogg de 1928 où 63 pays ont carrément mis la guerre "hors-la-loi".
Grace: Et pour finir, il y a eu le plan Young en 1929, qui a encore réduit la dette allemande et planifié les paiements jusqu'en... 1988 ! Tout semblait réglé.
James: Exactement. La paix en Europe paraissait assurée. Les dernières troupes alliées ont quitté la Rhénanie en 1930. On était au sommet de la sécurité collective.
Grace: Une paix qui semblait solide comme le roc, mais on sait que quelques mois plus tard, un séisme économique va tout balayer. Alors, parlons de ce fameux krach de 1929.
Grace: Alors, on a vu comment l'Europe était complètement bouleversée après la Première Guerre mondiale. Mais l'Italie, c'est un cas vraiment à part, n'est-ce pas ?
James: Absolument, Grace. L'Italie est techniquement dans le camp des vainqueurs, mais le pays est à genoux.
James: Pensez-y : presque 700 000 morts, un million de blessés. Le nord-est est dévasté. Et économiquement, c'est une catastrophe : les impôts ont explosé, le pays est endetté et l'inflation est galopante.
Grace: Donc, même en gagnant la guerre, ils ont l'impression d'avoir tout perdu ?
James: Exactement. C'est ce que les Italiens ont appelé le mythe de la "victoire mutilée". Ils sont entrés en guerre en 1915 parce que les Alliés leur avaient promis des territoires. Mais à la fin, les promesses ne sont pas vraiment tenues.
Grace: Et ça, j'imagine que la population ne l'a pas bien pris du tout...
James: Pas du tout ! La colère gronde, surtout chez les anciens combattants qui se sentent trahis. Ils accusent le gouvernement d'être faible et corrompu.
Grace: Et ce gouvernement, il était capable de gérer cette crise ?
James: Pas le moins du monde. Le système parlementaire n'arrive pas à former une coalition solide. Pendant ce temps, le pays est au bord de la guerre civile. À partir de 1919, c'est l'agitation sociale permanente.
Grace: C'est-à-dire ?
James: On parle de plus de 1500 grèves en un an, des usines occupées par les travailleurs, des paysans qui occupent les terres des grands domaines... Le gouvernement est dépassé et les classes riches commencent à avoir très, très peur d'une révolution communiste.
Grace: C'est dans ce climat qu'un certain Benito Mussolini fait son apparition, j'imagine ?
James: Tout à fait. Il surfe sur cette vague de mécontentement. Mussolini, c'est un ancien socialiste qui a viré au nationalisme extrême. En 1921, il crée le Parti National Fasciste.
Grace: Et quel était son programme ?
James: C'était simple et brutal : un programme nationaliste, autoritaire, antisocialiste et antisyndical. Il promet de restaurer l'ordre par la force. Et ça plaît à la petite bourgeoisie et aux industriels effrayés.
Grace: Il a donc été élu démocratiquement ?
James: Pas au début. Aux élections de 1921, c'est une déception. Il n'obtient que 32 députés. Alors, il change de stratégie. Il mise tout sur la violence.
Grace: La violence ?
James: Oui. Ses militants, les fameux "squadristes", organisent des expéditions punitives. Ils attaquent les grévistes, les socialistes, les communistes... Ils sèment la terreur, souvent avec la complicité de la police qui a ordre de ne pas intervenir.
Grace: Comment est-ce qu'on passe de ça à diriger le pays ?
James: Par un coup de bluff ! En octobre 1922, Mussolini organise la "Marche sur Rome". Des milliers de fascistes convergent vers la capitale pour faire pression sur le pouvoir.
Grace: Et le Roi n'a rien fait ?
James: Le Roi Victor-Emmanuel III aurait pu envoyer l'armée et tout arrêter. Mais il a eu peur d'une guerre civile. Au lieu de ça, il a préféré céder... et il a chargé Mussolini de former le gouvernement.
Grace: Incroyable. Il prend le pouvoir sans aucune majorité au Parlement.
James: Exactement. Et une fois au pouvoir, il va s'assurer de ne plus jamais le perdre. Il modifie la loi électorale pour garantir une majorité absolue à son parti, puis, après l'assassinat de son principal opposant, Matteotti, en 1924, il élimine toute opposition et instaure une dictature totale.
Grace: Donc, on voit bien que le fascisme n'est pas arrivé au pouvoir par un simple vote, mais par une combinaison de crise sociale, de violence et de manœuvres politiques. C'est fascinant et terrifiant à la fois. Voyons maintenant plus en détail comment il a transformé l'État italien...
Grace: Alors, tous ces nouveaux États n'ont pas eu un parcours facile. La Pologne en est un excellent exemple, non ?
James: Absolument. La Pologne a adopté une constitution démocratique très inspirée du modèle français. Sur le papier, c'était prometteur.
Grace: Mais en pratique ? J'imagine qu'il y a un “mais”.
James: Il y a un énorme “mais”. Le problème, c'est que ça a mené à des changements de gouvernement constants. Pense-y, c'est comme essayer de construire une maison où l'architecte change toutes les semaines.
Grace: Et quel est l'impact concret de cette instabilité ?
James: C'est simple. Aucune stabilité, aucune orientation politique claire. Pour une bonne partie de la population, le gouvernement démocratique est vite devenu synonyme d'incompétence.
Grace: Et je parie que la situation économique n'aidait pas vraiment…
James: Pas du tout. Au début des années 1920, l'économie polonaise était en grande difficulté. Le chômage grimpait en flèche et le gouvernement semblait totalement incapable de trouver une solution.
Grace: Ça devait créer une frustration énorme dans la population.
James: Une frustration immense. Surtout quand, en 1925, plusieurs gouvernements se sont succédé à une vitesse folle. La scène politique était devenue complètement chaotique.
Grace: Un tel chaos, ça ouvre souvent la porte à des solutions plus… autoritaires.
James: Exactement. C'est la porte d'entrée pour les hommes forts. Le mécontentement était à son comble, et quelqu'un a vu une opportunité.
Grace: Et qui était cet homme ?
James: Un ancien général très respecté de l'armée polonaise, Józef Piłsudski. Voyant ce désordre, il a décidé que la démocratie parlementaire avait échoué.
Grace: Alors il a pris les choses en main ?
James: En plein dans le mille. En 1926, il organise un coup d'État et prend le pouvoir. C'est la fin de cette première expérience démocratique polonaise.
Grace: C'est fascinant de voir comment un idéal démocratique peut s'effondrer si rapidement sous la pression. Mais heureusement, d'autres pays ont eu plus de succès, n'est-ce pas ? Prenons le cas de la Tchécoslovaquie, par exemple.
Grace: ...et c'est comme ça que les bolcheviks ont pris le pouvoir. Mais s'emparer du pouvoir, c'est une chose. Le garder, c'en est une autre, n'est-ce pas ?
James: Absolument, Grace. Et ça n'a pas été facile. Juste après avoir signé la paix avec l'Allemagne, ils se sont retrouvés plongés dans une terrible guerre civile.
Grace: Une guerre civile ? Contre qui ?
James: Contre à peu près tout le monde ! Il y avait les armées "blanches", des contre-révolutionnaires, soutenues par des pays étrangers. Pour les combattre, Trotski a organisé l'Armée "rouge".
Grace: Rouge contre blanc, c'est clair. Et j'imagine que les bolcheviks n'ont pas fait dans la dentelle ?
James: Pas du tout. Ils ont instauré ce qu'on appelle le "communisme de guerre". C'était une politique de survie... et de terreur. Le pays était en ruines, avec des millions de morts, bien plus que pendant la Première Guerre mondiale.
Grace: Le communisme de guerre ? Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?
James: Ça veut dire qu'ils ont tout nationalisé : les usines, les banques... Et surtout, ils réquisitionnaient de force les récoltes des paysans pour nourrir l'armée et les villes.
Grace: Oh, je parie que les paysans ont adoré ça.
James: Exactement. Des révoltes ont éclaté partout. Pour mater l'opposition, les bolcheviks ont créé la Tcheka, leur police politique. Arrestations, exécutions sommaires... c'était brutal.
Grace: Alors, une fois la guerre civile gagnée, le pays devait être complètement exsangue. Comment ont-ils relancé l'économie ?
James: Eh bien, Lénine a fait quelque chose de surprenant. Il a lancé la "Nouvelle Politique Économique", la NEP, en 1921.
Grace: C'est-à-dire ?
James: Il a temporairement autorisé un peu de capitalisme ! Il a permis aux paysans de vendre leurs surplus sur le marché. L'idée, c'était vraiment d'acheter la paix sociale et de relancer la machine avant de tout re-verrouiller.
Grace: Malin. Mais Lénine meurt en 1924. Que se passe-t-il après lui ?
James: C'est là que le vrai drame commence. Une lutte pour le pouvoir s'engage entre deux figures : Trotski, le brillant théoricien, et Staline, le secrétaire général du Parti, bien plus discret.
Grace: Et on sait qui a gagné... Comment Staline a-t-il fait ?
James: Staline était un manœuvrier incroyable. Il a promu l'idée du "socialisme dans un seul pays", alors que Trotski voulait la révolution mondiale. La vision de Staline paraissait plus réaliste à beaucoup. Il a fini par écarter Trotski et tous ses autres rivaux.
Grace: Il a donc consolidé son pouvoir, pierre par pierre. C'est fascinant et terrifiant à la fois.
James: Exactement. Et vers 1929, il est le maître incontesté. Ce qui nous amène directement à la manière dont il va transformer radicalement l'Union Soviétique...
Grace: Et cette instabilité a été le terrain parfait pour un autre type de séisme, cette fois-ci économique.
James: Exactement. On entre dans la fameuse crise de 1929. C'est un peu comme une fête qui a trop bien marché. Les années 20, c'était la fête aux États-Unis, la spéculation battait son plein.
Grace: Tout le monde achetait des actions, c'est ça ? Même avec de l'argent qu'ils n'avaient pas.
James: Précisément. Et en octobre 1929, la musique s'est arrêtée brutalement. C'est le Krach de Wall Street. En un clin d'œil, 30 milliards de dollars de l'époque se sont évaporés. Imagine la panique.
Grace: Ça a dû être un choc terrible. Et les conséquences ne se sont pas fait attendre, j'imagine.
James: Oh que non. C'est le début de la Grande Dépression. Le chômage explose, la production s'effondre. Les États-Unis sont à genoux.
Grace: Et comme les États-Unis étaient le banquier du monde, tout le monde a pris la vague.
James: Exactement. L'Europe, qui profitait des crédits américains, a été touchée de plein fouet. La production industrielle chute, le chômage monte en flèche partout.
Grace: Comment les gouvernements ont-ils réagi ? Chacun pour soi ?
James: Un peu, oui. Les États-Unis se sont tournés vers le protectionnisme. D'autres, comme la France ou le Royaume-Uni, ont imposé des tarifs douaniers pour protéger leurs industries. Une sorte de "sauve-qui-peut" économique.
Grace: Et ça n'a fait qu'aggraver les choses, je parie.
James: Absolument. En Allemagne, on atteint 6 millions de chômeurs. En France, un million. C'est un désastre social qui ouvre la porte à d'autres problèmes.
Grace: Alors, comment les États-Unis ont-ils tenté de s'en sortir ?
James: Avec un nouveau shérif en ville ! Le président Franklin Roosevelt lance le "New Deal" en 1933.
Grace: Le New Deal... Ça sonne bien, mais qu'est-ce que c'est concrètement ?
James: C'est une nouvelle donne. L'État intervient massivement dans l'économie. On lance de grands travaux, on crée une sécurité sociale... L'idée, c'est de redonner de l'espoir et du travail.
Grace: Et ça a marché ?
James: En partie. Ça a vraiment amélioré la situation, mais ça n'a pas suffi à tout régler avant la Seconde Guerre mondiale. C'était une crise si profonde... ce qui nous amène d'ailleurs aux réactions politiques qu'elle a provoquées.
Grace: C'est donc une transition vraiment radicale. On sort de la guerre et, soudain, les États-Unis entrent dans ce qu'on appelle les "Années Folles".
James: Exactement. Et sur le plan économique, c'est une véritable explosion. Pensez-y comme à une fête qui dure dix ans. L'industrie tournait à plein régime, les salaires augmentaient... c'était l'optimisme à l'état pur.
Grace: Une fête ? J'aime bien cette analogie. Mais qu'est-ce qui alimentait cette immense fête économique ?
James: C'est une excellente question. Il y a deux moteurs principaux : la production de masse, perfectionnée par des gens comme Henry Ford, et une toute nouvelle culture de la consommation. On ne produisait plus seulement pour les besoins, mais aussi pour les désirs.
Grace: Et l'un des plus grands désirs, c'était l'automobile, j'imagine. C'est l'image qu'on a tous en tête pour cette époque.
James: Absolument. La voiture a tout changé. Et il y avait des centaines de constructeurs qui tentaient leur chance. Par exemple, connaissez-vous la marque "American" ?
Grace: Attends, la marque s'appelait juste "American" ? Ils n'ont pas cherché très loin pour le nom !
James: C'est vrai ! C'était une petite entreprise du New Jersey qui a existé de 1917 à 1924. Elle n'a pas survécu longtemps, mais son nom même symbolise parfaitement l'ambition et l'optimisme de l'époque.
Grace: Une sorte de "On peut le faire !" automobile. L'incarnation du rêve américain sur quatre roues, en quelque sorte.
James: C'est exactement ça. Cette mentalité était partout, l'idée que la prospérité était à portée de main pour tout le monde. C'était une période de confiance incroyable.
Grace: Cette confiance a donc tout redéfini. Mais cet essor économique n'était qu'une partie de l'histoire. Que se passait-il du côté de la culture, de la société ?
Grace: Et voilà pour l'économie. Pour notre dernier sujet, James, parlons un peu de technologie et des changements sociaux.
James: Avec plaisir. La grande nouveauté, c'est la radio ! Les premiers programmes quotidiens de radiodiffusion débutent en 1920. Imagine, pour la première fois, des millions de personnes pouvaient entendre la même chose, au même moment. C'était le premier réseau social, mais sans les mèmes de chats.
Grace: C'est une bonne façon de voir les choses ! Mais cette nouvelle connexion n'a pas effacé les tensions, j'imagine.
James: Non, pas du tout. En fait, c'est une décennie de contrastes. Pendant que la radio connecte les foyers, la société se divise. Les extrémistes blancs du Ku-Klux-Klan continuent leurs actions terroristes. Leur but était simple et terrible : maintenir les Noirs dans la crainte pour préserver la supériorité blanche.
Grace: C'est effrayant de penser que ces deux réalités coexistaient... Et cette peur de l'autre a aussi eu un impact sur l'immigration ?
James: Absolument. C'est l'autre grande fracture. En 1921, le Quota Emergency Act est signé. Voici l'idée : pour chaque pays, on n'autorisait que 3 % du nombre de ses natifs déjà présents aux États-Unis en 1910 à immigrer chaque année. C'était une façon de fermer les portes.
Grace: Quelle décennie compliquée... Alors, pour résumer cet épisode sur les Années Folles : on a une économie en plein boom, une révolution culturelle, mais aussi de profondes divisions sociales. La technologie comme la radio a tout accéléré, le meilleur comme le pire. James, merci infiniment.
James: C'était un plaisir, Grace.
Grace: Et merci à tous de nous avoir suivis sur Studyfi Podcast. On se retrouve très bientôt pour un nouveau sujet. Au revoir !