Podcast on Jasper Johns: Contemporary American Art
Jasper Johns: Contemporary American Art - Analysis & Impact
Podcast
Jasper Johns : L'art des choses que l'esprit connaît déjà
Délka: 16 minut
Kapitoly
La découverte d'un génie
Ni abstrait, ni figuratif
Thème 1 : Le familier rendu étrange
Thème 2 : La répétition comme exploration
Thème 3 : Redéfinir la peinture
L'héritage de Johns
Seeing the Unseen
The Flag Experiments
The Beer Can Challenge
A Dream of a Flag
The Medium is the Message
Art or Object?
Beyond the Symbol
Přepis
Tom: C'est du jamais vu, Chloé ! Et ça montre à quel point Jasper Johns est une figure monumentale. C'est une histoire incroyable. Chloé: D'accord, je ne savais pas ça du tout — et je pense que tout le monde doit l'entendre. Vous écoutez le Studyfi Podcast, et aujourd'hui, on plonge dans le monde de Jasper Johns.
Tom: Et on va voir pourquoi il est considéré comme l'un des artistes américains les plus importants de notre époque. Chloé: Alors, Tom, commence par le début. Comment un artiste presque inconnu est-il devenu une superstar du jour au lendemain ?
Tom: C'est une histoire digne d'un film. On est à New York, en 1958. Jasper Johns est un illustre inconnu. Un galeriste brillant, Leo Castelli, visite l'atelier d'un autre artiste. Chloé: D'accord, je te suis.
Tom: Ils veulent boire un verre, mais ils n'ont pas de glaçons. Le réfrigérateur commun se trouve en bas, dans l'atelier de Jasper Johns. Alors ils descendent... Chloé: Et là, que se passe-t-il ?
Tom: Castelli entre et c'est le choc. Il a dit plus tard que c'était comme entrer dans le tombeau du roi Toutânkhamon. Il est époustouflé par ce qu'il voit et reconnaît immédiatement le génie de Johns. Chloé: Wow. Il a dû voir quelque chose de vraiment spécial.
Tom: Absolument. Il lui organise une exposition personnelle. Le jour de l'ouverture, le directeur du Museum of Modern Art de New York, le MoMA, est présent. Lui aussi est sidéré. Chloé: Et il ne s'est pas contenté de regarder, j'imagine ?
Tom: Loin de là ! Il fait quelque chose de totalement inédit pour un artiste inconnu : il achète plusieurs de ses œuvres pour le musée. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre, et Johns devient célèbre. Et il l'est resté depuis ! Chloé: C'est une ascension fulgurante. Mais qu'est-ce qui rendait son travail si différent à l'époque ? Qu'est-ce que les gens voyaient dans les galeries ?
Tom: Excellente question. Pour comprendre, il faut se replacer dans le contexte des années 50. À New York, l'art était dominé par deux grands courants. Chloé: Lesquels ?
Tom: D'un côté, l'art figuratif, qui représente des choses réelles : des gens, des lieux, des objets. De l'autre, l'art abstrait, qui était la grande tendance. Chloé: Comme les peintures de Jackson Pollock, où il fait couler la peinture ? On le surnommait « Jack the Dripper ».
Tom: Exactement ! Dans l'art abstrait, le sujet n'est pas une image de quelque chose. L'important, c'est la surface de la toile, la peinture elle-même, la texture, le geste de l'artiste. Chloé: Et c'était souvent la cible de la fameuse critique : « Mon enfant de cinq ans pourrait faire ça ».
Tom: Tout à fait. Mais les œuvres que Johns a présentées en 1958 ne rentraient dans aucune de ces cases. Les gens ont vu des choses comme... un drapeau. Chloé: Un drapeau ? Juste un tableau du drapeau américain ?
Tom: Oui, son œuvre la plus célèbre s'appelle *Flag*. Et non, personne ne dirait que son enfant de cinq ans pourrait le faire. Mais ce n'était pas non plus un simple tableau réaliste d'un drapeau. Chloé: Alors, si ce n'est ni abstrait, ni une simple représentation, qu'est-ce que c'est ?
Tom: C'est là que réside son génie. On pourrait dire que ce n'est pas une *image* d'un drapeau, c'est *un* drapeau. Mais ce n'est pas tout à fait ça non plus. Chloé: Pourquoi ? Qu'est-ce qui le rend si spécial ?
Tom: La technique. Il n'utilise pas de la peinture ordinaire. Il utilise une méthode appelée encaustique, qui consiste à mélanger des pigments à de la cire d'abeille chaude. Ça donne à la surface une texture rugueuse, presque vieillie. Chloé: Oh, je vois. Donc, même si l'image est familière, la façon dont elle est faite attire l'attention.
Tom: Précisément ! Sous la cire, on peut même voir des morceaux de papier journal collés, comme si l'actualité bouillonnait sous la surface du drapeau. Il a créé une tension entre une image ultra-familière et une manière radicalement nouvelle de la produire. Chloé: C'est malin. Parce que l'image est si connue, notre cerveau la reconnaît tout de suite et peut se concentrer sur *comment* elle est faite.
Tom: C'est exactement ça. Et c'est le premier grand thème de son œuvre. Il utilise ce qu'il appelle « des choses que l'esprit connaît déjà » — des drapeaux, des cibles, des chiffres — pour que notre regard se porte directement sur le processus de création. Chloé: D'accord, j'ai compris le premier thème. Mais tu as mentionné qu'il y en avait d'autres. Quel est le deuxième ?
Tom: Le deuxième thème est la répétition. Johns crée souvent la même image encore et encore, mais de manières très différentes. Chloé: Ce n'est pas un peu... répétitif ?
Tom: On pourrait le croire ! Mais il fait le contraire des artistes classiques. Un portraitiste comme Thomas Eakins peignait de nombreuses personnes différentes, mais toujours dans le même style. Johns, lui, prend le même sujet et le réinvente avec des styles et des matériaux différents. Chloé: Donne-moi un exemple.
Tom: Il a réalisé plus d'une centaine d'œuvres différentes sur le thème du drapeau. Mais son sujet le plus répété, ce sont les chiffres, de zéro à neuf. Il en a fait plus de 170 versions. Chloé: Comment arrive-t-il à rendre 170 versions de chiffres intéressantes ?
Tom: En variant tout, sauf les chiffres eux-mêmes ! Il utilise souvent des pochoirs, donc la forme des chiffres ne change jamais. Mais il joue avec les couleurs, les superpositions, les matériaux. Dans une série, chaque chiffre a un fond tricolore, mais les couleurs changent de place d'un chiffre à l'autre. Chloé: C'est très logique, presque mathématique.
Tom: Oui, mais il brise ensuite ses propres règles. Quand il arrive au chiffre sept, il ajoute une image de la Joconde de Léonard de Vinci et l'empreinte de sa propre main ! Peut-être parce que sept est un chiffre mystique... les sept péchés capitaux, les sept nains... Chloé: La Joconde et Blanche-Neige dans la même phrase, c'est inattendu ! J'adore.
Tom: C'est ça, l'humour de Johns ! Il a décrit son processus ainsi : « Prenez un objet. Faites-lui quelque chose. Faites-lui autre chose. » La répétition est un moyen d'explorer toutes les possibilités d'une seule image. Chloé: D'accord, donc on a les objets familiers et la répétition. Quel est le troisième et dernier thème ?
Tom: Le troisième thème, c'est qu'il fait voler en éclats notre conception même de ce qu'est une peinture. Chloé: Qu'est-ce que tu veux dire ?
Tom: Historiquement, une peinture est une surface plane. Mais Johns commence à y intégrer des objets physiques. Dans une œuvre intitulée *Fool's House*, il y a un vrai balai fixé sur la toile. Chloé: Un balai ? Sur une peinture ?
Tom: Oui ! Et une vraie tasse qui pend, une serviette... Les objets du quotidien envahissent la toile. Il brise la frontière entre la peinture et la sculpture. Chloé: C'est vraiment radical pour l'époque. Est-ce qu'il y a une œuvre qui illustre ça de manière particulièrement marquante ?
Tom: Oh que oui. Ma préférée est *Painting with Two Balls*. Au premier abord, ça ressemble à une peinture abstraite, très gestuelle. Mais on remarque vite qu'elle est faite de trois toiles assemblées. Chloé: Et les deux balles ?
Tom: Elles sont bien là ! Deux petites balles en bois peintes, coincées entre deux des toiles. On peut y voir une blague, un double sens. L'expression anglaise « to have balls » signifie avoir du cran, être viril. Chloé: C'est osé ! Un pied de nez à la scène artistique très macho de l'époque, surtout venant d'un artiste gay.
Tom: Exactement. Il a montré qu'on pouvait être plus « ballsy » que n'importe qui, mais à sa manière. C'est une œuvre pleine d'esprit et de défi. Chloé: Donc, pour résumer, Jasper Johns a changé l'art en prenant des images que tout le monde connaît pour nous forcer à regarder comment elles sont faites.
Tom: C'est ça. Ensuite, il a utilisé la répétition pour explorer une infinité de variations créatives à partir d'une seule idée. Chloé: Et enfin, il a fait exploser le cadre de la peinture en y intégrant de vrais objets, mêlant l'art et la vie.
Tom: Tu as tout compris. Il a ouvert la voie à des mouvements comme le Pop Art et l'art conceptuel. Il a vraiment changé notre façon de voir et de penser l'art. Chloé: C'est fascinant. On comprend mieux pourquoi il a eu droit à deux expositions en même temps pour ses 90 ans. Merci beaucoup, Tom, c'était passionnant.
Tom: Avec plaisir, Chloé. C'est un artiste dont l'œuvre n'a pas fini de nous surprendre.
Chloe: So that idea of an artist's 'main' medium isn't always so simple. And that brings us perfectly to Jasper Johns.
Tom: Exactly. With Johns, there’s no hierarchy. You can't look at his printmaking as separate from his painting or sculpture. It was all one big conversation.
Chloe: A conversation using the same images over and over again, right? Like the American flag?
Tom: Yep. He started making prints in 1960 and constantly reused images. Flags, targets, maps, numbers... things the mind already knows.
Chloe: They're things we see all the time, but maybe don't really *look* at.
Tom: That's the key takeaway here. By using these established compositions, it allowed him to work on other levels, to explore the art-making process itself.
Chloe: And his famous flag prints are a perfect example. I'm thinking of that set of four lithographs.
Tom: Absolutely. What's amazing is that he used the exact same lithographic stone to make each one!
Chloe: The same stone? But they look so different! How does that work?
Tom: It's all in the details—the paper type, the color, and the subtle drawings he added to the stone. He'd draw directly on it with a greasy crayon called a 'tusche'.
Chloe: A 'toosh'? Sounds like something you'd find on a fancy French sofa.
Tom: You draw with this one! In the early prints, you can see he's experimenting with a painterly wash. In the later ones, he adds and subtracts lines, building up layers.
Chloe: So you can literally see him making decisions. He's showing you that this is a work of art, not just a flag.
Tom: Precisely. And he did the same thing with his famous Ale Cans.
Chloe: Oh, I love this story. It started with a joke, didn't it?
Tom: It did. The artist Willem de Kooning said the dealer Leo Castelli could sell anything, even two beer cans. So Johns made a bronze sculpture of two ale cans.
Chloe: Challenge accepted.
Tom: You got it. But then he translated that 3D object back to a 2D surface in his prints. What we're left with is this amazing hybrid image.
Chloe: It has everything... printed elements, collage, drawing. You can even see his fingerprint if you get up close.
Tom: It encapsulates his whole working process. By repeating these images in new ways, he challenges the fundamentals of how we see. And that idea of challenging perception is central to our next artist...
Chloe: So moving on from pure abstraction... let's talk about an image we all know. The American flag. But as a painting. Jasper Johns' *Flag*.
Tom: It's the perfect final topic. Because on the surface, it’s just a flag, right? But it completely changed American art.
Chloe: I know its first version was painted in the mid-fifties by Jasper Johns, who was only 24. What’s the story there?
Tom: He'd just gotten back from military service in Japan during the Korean War. And he said the whole idea came to him in a dream.
Chloe: He dreamed he was painting an American flag? That’s it? If I had a dream about a giant cookie, I'd just go bake one. Not create a masterpiece.
Tom: Exactly! But that simple dream doesn't explain why it was so impactful. The real magic isn't the subject, it's the *process*.
Chloe: Okay, so tell me about the process. It's not just oil on canvas, is it?
Tom: Not at all. It's actually three canvases mounted on plywood. He then covered them with strips of newsprint.
Chloe: Newsprint? So there are words and photos underneath the paint?
Tom: Yep. And then he painted over it all with encaustic. That's a mix of pigment and hot wax. It's thick, and it dries fast.
Chloe: Oh, so you can actually see the texture of the newspaper through the red, white, and blue! That's so cool.
Tom: It gives the painting this incredible depth and texture. It's a very physical, object-like thing, which was a huge departure from the flat paintings of the time.
Chloe: That brings up a classic question, then. Is it a painting *of* a flag, or is it a painted flag? An object.
Tom: The million-dollar question! It's playing with that idea, inspired by artists like Marcel Duchamp and his 'readymades.'
Chloe: Right, who said anything could be art if you just decide it is. Johns was basically questioning what makes art, 'art'.
Tom: He was. And when asked which one it was—a painting or an object—Johns said it was both. It's not a flag waving in the wind. It's flat, neutral, and presented as a work of art.
Chloe: So... why the flag? Why not a stop sign or a coffee cup?
Tom: Because the flag is something we see, but don't really *look* at. He said, 'using this design took care of a great deal for me because I didn't have to design it.'
Chloe: So he picked something the mind already knows? That’s clever. It's like using a template.
Tom: Precisely. It freed him from worrying about composition and color theory. That was already done for him. Now he could focus entirely on the brushstroke and the material.
Chloe: So unlike Pollock, where the drips *were* the subject, Johns hid his brushstrokes inside a familiar image.
Tom: You've got it. The painting isn't just about a flag. It's also about the paint, the texture, the gesture. It strikes a perfect balance between representation and the physical act of painting.
Chloe: The key takeaway is that he made us see both the symbol and the paint itself in a completely new way. A masterful balance. What a perfect place to end our discussion.
Tom: It really is. From ancient sculptures to modern masterpieces, it's all about looking closer. Thanks for another great chat, Chloe.
Chloe: You too, Tom! And a huge thank you to everyone listening to Studyfi Podcast. We'll see you next time!